La « bonne » était une gangster

14 octobre 2013

La « bonne » était une gangster

Rakonré était un célibataire endurci. Il se méfiait des femmes. Sa philosophie était simple. On trouve dans le célibat tout ce qu’on peut trouver dans le mariage.

Sauf, faire  des courses à vous user  les souliers, la rate et la poche pour les fiançailles et ce foutu mariage. Sauf ces beaux-parents, pas du tout beaux,  à nourrir.

Sauf  ces regards bizarres et matinaux pour le nansongo. Et sauf surtout ces maisons saccagées et pillées lors des quasi inévitables divorces. Rakonré avait du mal à admettre qu’une bonne dame rafle comme un cyclone cupide tout ce qu’il avait mis tant de temps et de râles à acquérir.

(Ph : canaille-le-rouge.over-blog.com)
(Ph : canaille-le-rouge.over-blog.com)

Donc, vive le célibat !

Il peut draguer autant de femmes qu’il veut. Rentrer à l’heure qu’il veut sans buter sur de drôles de bouches allongées. Pas de  bruit d’enfants impolis pour vous interrompre une sieste.

Mais  Rakonré avait  des enfants. Grand manager, il avait réussi à avoir au moins un garnement dans les bras d’une bonne dame à chaque recoin de la ville. Donc, père de famille mais célibataire.

Rakonré vivait ainsi seul dans sa maison.

Mais voilà qu’il obtient une promotion dans son entreprise. Son travail lui prit beaucoup plus de temps. Sa maison, faute d’entretien, devint alors comme une salle de danse pour ânes, porcs et vautours.

L’idée d’une épouse le rebutant, il dut prendre une bonne.

C’est là qu’intervient Pougwenga, une jeune fille qui dit atterrir du village, calme, timide, pudique, empruntée : la fille naïve et broussarde par excellence. Elle travailla comme une machine.

La maison de Rakonré brillait. Et celui-ci décida de mettre définitivement sur sa pièce d’identité : célibataire indécrottable.  Et les jours s’écoulèrent pour devenir deux mois.

Le troisième mois, Rakonré ne trouva personne pour lui ouvrir le portail. Aucune poule ne l’accueillit non plus à la porte de sa maison. Dès qu’il y entra, ses yeux virent des étoiles et la lune devant la clarté et le vide de son salon.

Ce dernier était impeccable. Mais aussi nu que le derrière de l’ancêtre Adam le jour où il débarqua sur terre.

Les chambres, la cuisine, les douches, les W.C : propres et sans meubles. Il demanda aux voisins qui répondirent :

– C’est votre femme qui les a ramassés. Elle a dit que vous déménagiez.
– Quelle femme ?
– Pougwenga. Elle a montré sa bague de mariage aux voisines. Vous vous êtes mariés en France, n’est-ce pas ? Walaï ! Votre femme a de l’allure dè ! Avec ses bazin et tout et tout ! Mais pourquoi nous demandez-vous tout ça ?
 

Rakonré n’écoutait plus. Ses dents  grinçaient   :

– Je vais la tuer…Cette gangster… Je vais la tuer…
 

Comme quoi, aucune situation n’est sans inconvénient.

Warpaga

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Commentaires

basidou
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Belle narration!!!

zatibagnan
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Merci, la plume d'enfer !